PACA : Michel Vauzelle, sortant PS et grand favori d'une région de droite
Le socialiste Michel Vauzelle mène en PACA une campagne de bilan confortable. Avec ou sans triangulaire au second
tour, le président de la région Provence - Alpes - Côte d'Azur depuis 1998 part favori contre le spécialiste de l'immigration de l'UMP, le Vauclusien Thierry Mariani, venu chasser sur les
thèmes de Jean-Marie Le Pen.
PACA, terre de paradoxe. Toutes les grandes villes de la région sont tenues aisément par l'UMP. Trente-quatre
députés sur quarante font partie de la majorité. Mais le conseil régional est à gauche depuis douze ans. Résultat, avant de retourner aux urnes dans deux semaines, 65 % des habitants de Provence
- Alpes - Côte d'Azur (60 % des UMP) se disent satisfaits de la présidence Vauzelle.
Avec son teint rose et ses fines lunettes, Michel Vauzelle se délecte de l'anomalie. Et n'allez pas lui dire que c'est grâce au maintien traditionnel du Front national au second tour : « En aucun cas, ce qui fait mon succès aujourd'hui, ce sont les déçus du Sarkozysme. »
Comme ce matin-là, sur la petite place des États-Unis, dans les quartiers Nord de Marseille, le président sortant s'érige en rempart contre la politique gouvernementale. Entre le bar-snack-PMU des Mâles heureux (véridique !), le centre d'animation du Canet, réhabilité pour 460 900 E et à 80 % par la Région, et la future Maison régionale des services publics, l'ancien maire d'Arles parle de proximité, de social, de lutte, « de déstructurations qui nous tuent ».
Au pied des platanes et d'une tour délabrée, où seul le linge qui pend aux fenêtres est propre, un homme lui vole la vedette : Avi Assouly, l'ancien commentateur star de 1 500 matches de l'OM pendant 25 ans sur France Bleu Provence, opportunément installé à la dixième place sur la liste Vauzelle. Les gens du quartier ne connaissent pas le président socialiste mais se pressent pour faire des photos avec le journaliste retraité les mots populisme et clientélisme viennent sournoisement à l'esprit.
« Mes clients sont essentiellement M. Gaudin, maire de Marseille, qui a touché plus d'un milliard d'euros depuis que je suis président de cette région, rétorque Michel Vauzelle. Les autres clients importants sont le maire de Nice, M. Estrosi ; le maire de Toulon, M. Falco ; la maire d'Aix, Mme Joissains ; la maire d'Avignon, Mme Roig et le maire de Cannes, M. Brochand.Aucun d'entre eux ne se plaint et l'opposition de droite vote toutes les subventions que la Région accorde aux associations culturelles et sportives. » Une sombre affaire de subventions à des associations fictives, toujours à l'instruction (quatre mises en examen dont l'ancien directeur de cabinet de M.Vauzelle), ne vient même pas plomber l'ambiance. Le président de PACA a lui-même porté plainte et retiré sa délégation à la députée PS, Sylvie Andrieux, le temps qu'elle s'explique.
Un dernier sondage IFOP pour La Provence laisse peu de place au doute : 49 % pour Vauzelle au second tour contre 36 % à Mariani et 15 % pour Le Pen. Pour son dernier round et une probable
triangulaire, le vieux boxeur du FN réfute les accusations de tombeur de la droite : « Nous sommes la véritable opposition au conseil régional car c'est l'UMPS des complices et des
comparses. » Il traite Thierry Mariani de « conseiller régional inconnu » et le député UMP du Vaucluse bat PACA dans tous les sens pour compenser son déficit de notoriété.
Le rapporteur de toutes les dernières lois sur l'immigration a pourtant le profil idoine mais peine à émerger au-delà du « le plus d'endettement, le moins d'investissement, c'est ça votre
bilan », lancé au président PS lors de la dernière assemblée plénière du conseil régional.
Dans une région plus peuplée de 13 000 personnes chaque année, les sujets des transports et de l'urbanisation focalisent l'attention. En annonçant la fusion avec les Verts de l'ancien juge
Laurence Vichnievsky (12 % dans le sondage) au second tour, pour constituer « l'alliance de l'olivier », Michel Vauzelle est en position de force. Il lui restera à changer le nom de la
région comme il en a l'intention. Y'a plus qu'à... •
(La Voix du Nord)
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Michel Vauzelle : Ces élections régionales ne sont pas fondamentalement des élections qui opposent des partis politiques. Il s’agit d’abord d’un
choix, que devront faire les citoyens entre deux modèles de société radicalement opposés. La liste de l’UMP considère qu’il ne s’agit que d’élections nationales, sans contenu régional, au cours
desquelles il faudrait simplement manifester un soutien au Président de la République.
Un soutien, également, à des politiques datées, celles qu’avaient initiées dans les années 1980 Margaret Thatcher au Royaume-Uni ou Ronald Reagan aux Etats-Unis, et qui ont depuis démontré leur
profonde inefficacité. A l’inverse, il y a les listes de l’Alliance de l’Olivier, avec les socialistes, le parti radical de gauche, le mouvement républicain et citoyen, mais aussi les communistes
et les Verts lorsqu’ils décideront de nous rejoindre. Nous défendons un modèle de société français, fondé sur nos valeurs républicaines de liberté, d’égalité et de fraternité.
Nous défendons aussi le droit à l’existence de la Région et la possibilité pour les citoyens de Provence-Alpes-Côte d’Azur de choisir eux-mêmes leur avenir, plutôt que de se le voir imposer par
le pouvoir parisien, comme le souhaiterait l’UMP.
N-P : Comment prévoyez vous de répondre aux attentes des citoyens ? (principaux engagements)
M.V. : Le premier défi à relever, c’est l’emploi. La loi charge l’Etat de cette mission, mais les politiques du Gouvernement sont socialement injustes et économiquement inefficaces. Or, la
Région est compétente dans le domaine du développement économique. Nous avons déjà créé 33 000 emplois en Provence-Alpes-Côte d’Azur.
Il faut continuer et créer 10 000 emplois par an, grâce à notre Plan régional pour l’emploi, grâce à notre soutien aux entreprises, grâce à notre aide à l’économie sociale et solidaire,
grâce à notre capacité d’investissement public… Au-delà de cela, nous voulons replacer l’humain au centre de toutes nos décisions. C’est l’enjeu d’une société plus juste, d’un développement plus
responsable, d’un aménagement plus équilibré de nos territoires.
La Région porte cet espoir. Elle est en charge de la construction des lycées : nous équiperons l’ensemble des toits de nos établissement en panneaux solaires. Elle est en charge des
Trains express régionaux : nous financerons intégralement les déplacements des jeunes de 12 à 25 ans, qui ont besoin de mobilité, et des plus démunis, qui ont besoin de la solidarité
régionale.
Ce ne sont que quelques exemple de ce que nous voulons et de ce que nous pouvons faire, mais ces initiatives contribueront, à l’échelle de la Région, à répondre concrètement à des enjeux vitaux.
N-P : Vous vous êtes rendu à Nice récemment. En conclusion de cette visite quels sont les principaux projets que vous avez élaboré pour les Alpes-Maritimes ?
M.V. : Je suis Président de cette Région et je suis souvent à Nice et dans les Alpes-Maritimes. L’équité territoriale et la solidarité régionales sont au cœur de nos actions et de notre
projet. Ce département dispose d’atouts formidables, mais il faut relever les enjeux d’un aménagement plus équilibré et d’un développement plus durable des Alpes-Maritimes.
Nous continuerons donc à soutenir et financer les projets structurants. Nous travaillons très bien avec le Maire de Nice Christian Estrosi et nous ferons vivre, avec lui, le Contrat de
développement que la Région a signé avec la Communauté urbaine, qui concerne notamment le financement du tramway.
Nous assurerons aussi la modernisation des Chemins de fer de Provence, à hauteur de 100 M€, afin de réaliser un véritable RER de l’agglomération niçoise. Nous soutiendrons encore l’Opération
d’intérêt national de la Plaine du Var, qui est vitale pour le développement de tout ce territoire.
N-P : Sur plusieurs tracts, vous évoquez les problèmes rencontrés dans le service public du transport ferroviaire, quelles sont les solutions que vous proposez ?
M.V. : Les Trains express régionaux sont la grande réussite de la Région. Avec 3 milliards d’euros d’investissement, nous sommes parvenus à faire circuler 700 trains chaque jour, contre 290
en 1998. Nous avons amélioré le confort des passagers en achetant 100 nouvelles rames et en en rénovant 190 autres. les résultats sont clairs : le nombre d’usagers quotidiens a augmenté de
pas moins de 90%.
Pourtant, ce bilan est partiellement terni par l’attitude de la SNCF, qui est chargée par la loi de faire circuler nos trains : nous lui payons une subvention annuelle de 220 M€ annuels pour
cela. Mais sa direction choisit délibérément de supprimer des postes de cheminots : elle a diminué de 12 000 à 8 000 ses effectifs. L’Etat préfère empocher les dividendes
issus de l’exploitation du TGV, jugé plus rentable, et semble considérer le service public ferroviaire régional comme un service de seconde classe…
C’est cela qui est intolérable ! Pour cette raison, la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur a été la première de France à exiger des pénalités pour non-satisfaction du contrat passé avec la
SNCF. Elles ont été doublées et portées à 15 M€. Je veux aussi expliquer aux usagers que nous devons rester mobilisés pour, ensemble, faire pression sur la SNCF et l’Etat. Nous avons, citoyens de
Provence-Alpes-Côte d’Azur, les mêmes droits que les usagers du TGV !
N-P : Quel score espérez vous à l’issue des régionales dans la région PACA ?
M.V. : Ce n’est pas fondamentalement une question de score. La question posée est celle de l’existence même de la Région. Ce que j’espère, c’est que les citoyens de Provence-Alpes-Côte d’Azur pourront continuer à choisir eux-mêmes leur avenir, sans que le représentant local de l’UMP de leur impose directement ici ce que l’UMP décide à Paris.
PACA, terre de paradoxe. Toutes les grandes villes de la région sont tenues aisément par l'UMP. Trente-quatre députés sur quarante font partie de la majorité. Mais le conseil régional est à gauche depuis douze ans. Résultat, avant de retourner aux urnes dans deux semaines, 65 % des habitants de Provence - Alpes - Côte d'Azur (60 % des UMP) se disent satisfaits de la présidence Vauzelle.
Michel Vauzelle contre les OGM en PACA
PROVENCE NICE CÔTE D'AZUR - Michel Vauzelle, Président de la Région
Provence-Alpes-Côte d'Azur, s'oppose à la décision de la commission européenne qui autorise la culture d’une pomme de terre génétiquement modifiée au sein de l’Union européenne. Il
exprime son inquiétude et demande au Président de la République que la France n’applique pas cette décision et n’autorise pas les cultures OGM sur son
territoire.
« Cette décision, qui cède aux exigences d’une économie aux mains des grandes puissances financières, est inadmissible. La culture et la commercialisation d’OGM comporte des risques non mesurés de contamination sur les autres cultures, notamment alimentaires. Des questions de santé publique sont en jeu et il est nécessaire de protéger nos concitoyens. Le principe de précaution doit prévaloir » souligne Michel Vauzelle.
« Il est indispensable que la France préserve son agriculture et résiste à ce qui constituerait une atteinte à la qualité de ses productions. Elle ne doit surtout pas commencer à autoriser la culture d’organismes génétiquement modifiés sur son territoire, en créant un précédent » déclare le Président de la Région qui indique qu’il écrit dès aujourd’hui un courrier en ce sens au Président de la République.
La Région Provence-Alpes-Côte d'Azur a fait le choix d’une agriculture productrice d’un environnement de qualité. Elle s’est déclarée dès 2004 opposée à tout
essai privé ou public de toutes cultures de plantes génétiquement modifiées en plein champ sur son territoire.
Il serait bon de connaître la position de Christian ESTROSI en ce qui concerne les terres agricoles de la future Eco-Vallée aux portes de
Nice.
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L'Entretien : Vauzelle veut "rassembler les républicains" de Paca
Cette semaine, l'invité de l'entretien Orange-La Provence est le président du conseil régional et candidat
PS à sa propre succession Michel Vauzelle. Député des Bouches-du-Rhône dès 1986, cet avocat de formation a été ministre de la Justice en 1992 sous la présidence de François Mitterrand et
maire d'Arles en 1995, il est président du conseil régional de Provence-Alpes-Côte d'Azur depuis 1998 (réélu en 2004).
Michel Vauzelle estime que même si les sondages lui sont favorables, "rien n'est gagné avant le dernier bulletin" dépouillé. Estimant, de manière plus générale, que "dans cette
élection, tout se jouera dans les derniers jours".
Interrogé sur les bénéfices éventuels qu'il pourrait retirer d'un vote "sanction" contre la situation nationale, le candidat socialiste affirme que "c'est le président de la République qui a
souhaité" cette situation en voulant "rester chef de parti". Critiqué par certains de ses adversaires sur le taux de d'endettement de la région,
Michel Vauzelle défend son bilan en arguant que le taux d'endettement correspond "à quatre ans de remboursement quand des villes comme Marseille ou Nice en sont à dix ans".
Enfin sur le choix des alliances au second tour, l'une des clefs de ce scrutin, le chef de file du PS en région parle de rassembler "le reste de la famille que nous avions rassemblé sous le
nom de l'Olivier". Y compris le MoDem, puisque la question est directement posée ?
Michel Vauzelle répond sans l'ombre d'une hésitation :"Je ne refuse ma main à personne". Son ambition visant par dessus tout à "rassembler le maximum de républicains".
Abstention : bonnet de Marianne ou bonnet d'âne, à vous de choisir !
En 2004, Beaumont du Ventoux affichait 89,47% de participation, tandis que Monieux s'abstenait à 42 %
Beaumont du Ventoux est un petit village accroché à la colline. La route bordée de vignes qui y mène et traverse ce petit coin de Comtat se termine au bout du monde... Non sans
avoir traversé huit des neuf hameaux qui constitue le village. Le 9e, convoité pour ses pentes enneigées l'hiver, est le Mont Serein. Une vraie carte postale où l'on a su conjuguer art de vivre
et préservation d'un terroir. Agriculteurs pour la plupart, les Beaumonais cultivent depuis longtemps le civisme. La commune est en effet championne du taux de participation lors des différentes
échéances électorales.
Bernard Charrasse, maire de Beaumont-du-Ventoux,
ici avec le diplôme de la Marianne du civisme décerné en 2007.
Lors des Régionales de 2004, Beaumont talonnait de très peu, Lagarde d'Apt. Pas moins de 89,47% des 288 habitants (au dernier recensement) se sont rendus aux urnes.
"Ici c'est une tradition. On a été élevé comme ça. Cela fait partie de notre culture", affirme Bernard Charrasse, maire de Beaumont du Ventoux et lui même agriculteur.
"Vous savez, nous sommes un village de vieilles souches. Les anciens se sont battus pour obtenir le droit de vote et depuis les Beaumonais se font un devoir d'aller voter". D'ailleurs aux
dernières Municipales, le taux de participation dépassait les 90%.
Et ce n'est pas pour rien que la commune s'est vue remettre le diplôme de la Marianne du civisme, médaille de bronze, en reconnaissance du civisme électoral de ses
citoyens pour les élections présidentielles et législatives de 2007. "A une voix près, on est passé à côté de l'argent", lâche le maire dans un sourire.
Les seules élections qui ne séduisent pas les citoyens beaumonnais sont les Européennes (le taux de participation aux élections européennes de l'an dernier était de 55,73%). Et pour cause.
"L'Europe et ses directives ne sont pas toujours bien vues par les agriculteurs. Le taux d'abstention aux Européennes c'est notre vote-sanction à nous", explique Bernard Charasse.
L'échelon régional lui est plutôt bien apprécié par les habitants.
"La Région est très impliquée dans les petites communes rurales notamment au travers de son aide aux agriculteurs", assure le premier magistrat.
"La Région a beaucoup participé financièrement à l'irrigation de nos coteaux. Et vous savez ici quand quelqu'un nous donne un coup de main, on ne lui donne pas
en retour un coup de pied au c...", souligne Luc Piquet, conseiller municipal d'opposition et vice président de la cave coopérative de Beaumont du Ventoux. Alors pour tous les "services"
rendus au village par la Région, les habitants se font foi de mettre leur bulletin dans l'urne.
D'autant que certains candidats se sont prononcés en faveur d'un Parc naturel régional sur le Ventoux. Une mesure qui ici n'est pas au goût de tous. Le maire lui est contre. Trop de contraintes.
Il ne veut pas voir sa commune perdre ses prérogatives en ajoutant une "strate" supplémentaire. "Une élection, ça reste un événement"
Depuis son atelier, face à la mairie, Thierry Lionti, le potier du village, a un regard averti sur la culture civique de ses concitoyens. "Le devoir civique est
ancré en nous. Et puis ici il ne se passe rien, c'est un petit village.
Alors une élection cela reste un événement, un rendez-vous comme les mariages ou les enterrements. Une occasion de se retrouver, un rendez-vous convivial en somme.
Pour les citadins au contraire aller voter est plus une contrainte dans le week-end", assure l'artiste artisan. A moins aussi qu'avec un seul bureau de vote et moins de 300 habitants, une
absence de signature sur le cahier d'émargement ne se remarque plus facilement et laisse...
L'effet civique du "qu'en-dira-t-on" en somme. Mais qu'importe l'essentiel est bel et bien de participer à la vie de la Région.
La Provence
Le super plan Chatel: remplacer les profs par n'importe qui
Décidément, il est trop fort ce Luc Chatel. Pour régler le problème des profs absents, il propose de les remplacer
par des retraités, des étudiants, des mères de famille. Et pourquoi pas des éleveurs de lévriers? Jean-Paul Brighelli revient sur cette réforme contre laquelle les enseignants manifesteront
vendredi prochain.
Déclin!!!
Aveuglement des idéologues… En 2003, le pamphlet serré de Nicolas Baverez, la France qui tombe, avait suscité une polémique nationale.
A la fois pessimiste et libéral, l’auteur s’était mis à dos l’essentiel de la gauche en même temps que la partie la plus patriote de l’opinion. «Décliniste», tel était l’anathème qui avait
ostracisé ce Cassandre essayiste.
Or si les orientations libérales du livre étaient effectivement contestables, son constat de départ était malheureusement fondé. Parce qu’on n’aimait pas les conclusions du raisonnement, on en
oubliait les prémisses factuelles.
Six ans plus tard, l’état de l’industrie française vient tristement confirmer la vérité dérangeante décrite par Baverez. Chaque année, la France perd des usines et gagne des chômeurs. Chaque
année, sa situation relative se dégrade par rapport à ses principaux voisins. La faute à la mondialisation ?
Certes. Mais l’Allemagne, l’Italie ou la Grande-Bretagne s’en sortent mieux. Les médications de centre gauche qu’on y a appliquées seraient-elles moins mauvaises qu’on le dit en France ? De
Chirac à Sarkozy, les chefs de file de la droite sont conscients du problème.
Le Président y consacre aujourd’hui un discours. Mais force est de constater que les intentions ne sont guère suivies d’effet.
Quant à la gauche, elle commence à s’inquiéter, comme le montre le bon discours que François Hollande vient de prononcer sur la question. Le «socialisme de la production», selon la formule de
DSK, mérite une réflexion nouvelle.
Il est temps : l’affaire sera par nature au centre de la présidentielle.
Laurent Joffrin
Chefs d'entreprises, ces
nouveaux pauvres?
L'Observatoire national de la pauvreté et de l'exclusion sociale (ONPES) a remis son rapport sur la pauvreté au gouvernement jeudi 25 février 2010. S'il souligne que huit millions de personnes vivent en dessous du seuil de pauvreté,
sans doute ne compte-t-il pas tous les chefs d'entreprise qui ne touchent plus leur salaire en attendant de voir passer la crise.
Étrange peut-être de parler de pauvreté pour ceux que l'on voit parfois en grosse berline ou en 4x4... Et pourtant, nombreux sont ceux qui n'ont plus de quoi payer l'essence pour l'alimenter.
Témoignages et analyses...
Le pied dans l'engrenage...
"Si être pauvre, c'est vivre avec 60 % des 908€ du revenu médian alors oui, je crois qu'on peut dire que je suis pauvre", reconnaît Etienne*, gérant d'une SARL employant trois personnes.
Difficile d'y croire quand on lui demande son salaire officiel : "3.000€". Et pourtant, voilà des mois qu'il n'y touche pas : "Je ne me paye plus pour essayer de sauver mon entreprise... Mais
l'État, lui, ne se gêne pas pour continuer à me prendre des charges sur mon salaire". Ne plus se payer et/ou se séparer de certains employés, c'est ce qu'Étienne appelle en être au premier stade
de la banqueroute.
"L'étape suivante est celle où la société ne peut plus assumer ses charges et doit demander à l'État un moratoire afin d'en étaler leur paiement".
Si après, l'entreprise ne s'en sort toujours pas, cela peut être le début de la fin... L'entrepreneur doit en effet déposer le bilan auprès du tribunal de commerce, qui décide soit de nommer un
administrateur, qui tentera d'assainir la gestion de l'entreprise pour en continuer son activité, soit de la liquider.
Dans ce dernier cas, l'actif de l'entreprise est vendu aux enchères et servira à rembourser ses créanciers. "Et là, tu te retrouves à poil et tu n'as plus rien. Si en plus tu as eu le malheur de
contracter un prêt bancaire, tu vois ton banquier frapper à la porte de chez toi.
En effet, de plus en plus de banques demandent des cautions sur tes biens personnels voire pire : la caution solidaire de l'époux ou de l'épouse. Et là, déjà que tu as perdu ton entreprise, tu
perds ta maison, ta bagnole... On te saisit tout jusqu'à ce que tu aies remboursé ton prêt. L'ultime cerise sur le gâteau ?
La brigade du fisc qui trouve quelque chose de louche dans ton dépôt de bilan et qui te poursuit au pénal alors que tu n'as plus une tune... ".
Quand le dépôt de bilan pend au nez
Sans pouvoir toucher d'Assedics durant l'activité de leur société ni même après, les chefs d'entreprise n'ont aucune ressource à part celle de demander le RSA. "On arrive enfin à penser, et c'est
très louable, que la pauvreté n'est pas le sort malheureux réservé à des sans-abris, à des sans-papiers, à des retraités fatigués, à des jeunes démobilisés, souligne Guy Gillot, ancien adjoint
aux finances de la ville de Dijon.
Il y a longtemps que l'économie crée des pauvres mais on n'en parle moins que des riches en profitant avec leurs stock-options. Et pourtant, ils existent ; j'en ai rencontré et j'en rencontre de
plus en plus dans le cadre de ma mission auprès de la CGPME de Côte d'Or (syndicat patronal) : répondre présent à tous ceux qui se posent des questions sur leur vie sociale avec leur entreprise
très malade.
Et puis pendant vingt ans, j'ai été chargé des procédures collectives au tribunal de commerce de Dijon alors je connais le sujet. Aussi, quand j'apprends que les liquidations de biens des
entreprises de moins de 3 ou 5 salariés ont augmenté de plus de 60 % en un an, je comprends qu'il y a de nombreux nouveaux pauvres".
Ce coach pour entrepreneurs mal en point précise que le sujet touche tous les corps de métiers : boulanger, menuisier, plombier, chauffagiste, coiffeuse, gérantes de pressing, transporteurs (très
nombreux)...
Selon lui, les causes de leur désarroi seraient à chercher du côté du manque de formation des TPE/PME, à la faiblesse de l'environnement au titre de conseil, aux mauvaises habitudes de ne pas
lever le nez du guidon, à l'incompréhension des administrations (sécurité sociale, fisc..) et aux banquiers qui feraient mal leur métier.
"Tous ces gens n'arrivent pas à vendre leur marchandise ou leur prestation ; ou alors un client important leur doit de l'argent et là, c'est l'effet domino...", souligne Guy Gillot.
Une mentalité typiquement française...
Le pire ? "Peut-être les licenciés économiques qui montent leur entreprise ou leur commerce grâce à l'indemnité de leur licenciement... J'en ai retrouvé liquidés six mois après parfois, se
retrouvant à la rue".
Si certains sont fatigués et usés de vains espoirs, d'autres voient leur femme partir ou pire, mettent fin à leurs jours...
"Perdre son entreprise, on le vit très mal, forcément, explique Etienne. J'imagine qu'il y a une période de deuil à faire... Et après, pour se retourner, c'est une autre histoire !
Moi je ne suis pas loin d'avoir 50 ans alors postuler à mon âge, c'est déjà compliqué. Ensuite, sur un CV, ça passe très mal d'avoir eu une entreprise qui s'est plantée. En cela, nous sommes
totalement différents de la mentalité américaine... Et si jamais j'ai envie de remonter une boîte, ça risque de coincer du côté des banques : en 1990, j'avais déposé le bilan d'une société ; en
2007, une banque a osé me le ressortir...
Bref, quand tu as la tête sous l'eau, on fait absolument tout pour te noyer complètement."
Patronat, jobs d'étudiants et Restos du Cœur
Pour le moment, Étienne n'en est pas encore là. Mais la crise économique actuelle n'est pas pour le rassurer... "Fin 2009 et début 2010, beaucoup d'entreprises ont déposé leur bilan.
En revanche, beaucoup d'autres se sont créées donc l'économie locale trouve un certain équilibre. Actuellement, le renouvellement est très important", explique Lionel Jouvenceau, greffe au
tribunal de commerce de Dijon. En 2008, le tribunal ordonnait 202 liquidations judiciaires directes lorsqu'en 2009, 249 entreprises étaient concernées par cette décision.
"L’augmentation du nombre des procédures collectives trouve une explication, d’une part, par la suppression et l’absorption du Tribunal de Commerce de Beaune (+ 20 % en volume) et, évidemment,
par les effets de la conjoncture défavorable qui touche en priorité les TPE", indique le greffier.
Actuellement, Étienne se fait aider financièrement par ses parents et même ses enfants... "Et tous les week-ends, je bosse dans la restauration", reconnaît-il.
Un patron qui accumule les petits boulots pour pouvoir survivre, à bientôt 50 ans, c'est dur. Mais Guy Gillot a connu pire comme expérience : "Un jour, j'ai cru me déshonorer en parlant des
Restos du cœur à un liquidé, en plus affligé d'un certain âge....
Voilà les nouveaux pauvres".
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